Le patrimoine franco-ontarien à l’épreuve du réel

En Ontario, février met en lumière le patrimoine à travers le Mois du patrimoine franco-ontarien et la Semaine du patrimoine.

Au programme : visites et portes ouvertes, conférences, expositions, ateliers scolaires, concerts et rencontres communautaires, jusqu’à la remise du Prix Michel-Prévost, le 7 février.

Plusieurs organismes et municipalités proposent également des circuits patrimoniaux et des activités d’archives pour sensibiliser le public.

Force est d’admettre que l’événement, reconnu depuis son lancement en 2008, souffre d’une image du patrimoine trop stéréotypée, associée aux vieilles bâtisses de pierre, aux clochers et aux traditions figées : un héritage à défendre, mais parfois perçu comme opposé à la modernité.

Souvent, les voix qui portent ces dossiers avec rigueur et passion restent trop peu nombreuses et donnent l’impression de prêcher dans le désert. L’ancien archiviste de l’Université d’Ottawa, Michel Prévost, figure respectée du milieu, en est un bon exemple. Les bénévoles prêts à investir temps et énergie pour défendre le patrimoine restent rares.

Obstacles majeurs

On pourrait aligner la litanie des bâtiments francophones — ou, plus largement, des lieux de mémoire — aujourd’hui en péril. À commencer par le couvent des Sœurs de la Visitation, à Westboro, dont l’état s’inquiète au point de faire craindre un effondrement.

Et puis il y a ceux, nombreux, sauvés in extremis du pic des démolisseurs par une désignation patrimoniale. Les églises Saint-Joseph d’Orléans et Saint-François d’Assise en sont des exemples récents, malgré l’opposition de l’archidiocèse et les réticences d’un parti de la population.

Mais ces inventaires, aussi longtemps soient-ils, ne peuvent masquer les problèmes structurels auxquels est confronté le patrimoine franco-ontarien.

La densification, l’un des mantras du gouvernement provincial de Doug Ford et de nombreuses municipalités, pour répondre à la crise du logement, met déjà le patrimoine bâti sous une pression extrême, à laquelle s’ajoute d’autres obstacles.

À commencer par un changement législatif majeur.

Adoptée en 2022, la loi provinciale 23 force les municipalités à agir vite : un bâtiment simplement repéré sur la liste patrimoniale de la Ville doit être protégé formellement par une désignation dans un délai serré, sinon, il peut perdre ce bouclier pendant cinq ans, le rendant plus vulnérable à la densification.

Être sur la liste patrimoniale signifie qu’un bâtiment est reconnu comme ayant un intérêt historique, tandis que la désignation lui accorde une protection légale réelle contre les modifications majeures ou la démolition.

Le tout s’ajoute à un contexte économique difficile : inflation des matériaux, rareté de main-d’œuvre spécialisée et coûts de restauration en hausse.

Notes d’espoir

Tout n’est cependant pas sombre. Le changement de direction à la tête du Réseau du patrimoine franco-ontarien (RPFO) laisse entrevoir un certain renouveau. Longtemps menacé de disparition, Le Chaînonle seul magazine consacré au patrimoine de l’Ontario français publié par l’organisme, a même repris ses parutions.

Toujours est-il qu’à Ottawa, cette année, les bicentenaires de la fondation de Bytown — devenus plus tard Ottawa — en 1826, et le début de la construction du canal Rideau, seront autant d’occasions de mettre en valeur le patrimoine francophone.

Reste à transformer l’élan du Mois du patrimoine en réflexe durable : reconnaître ce qui compte, l’outiller juridiquement quand il le faut, et investir avant qu’il ne soit trop tard.